Vera, l’entrepreneuse du coeur

Étudiante en Master 1, Vera s’intéresse pour son mémoire aux jeunes étrangers qui s’engagent dans des projets de développement et des volontariats internationaux. Par une mise en abyme, observons l’observatrice et intéressons- nous à cette jeune femme de 26 ans d’origine ghanéenne, elle-même pleinement engagée dans la vie locale internationale.

Vera étudie à Strasbourg et a fait son stage de Master 1 à l’AMSED. En avril, Vera est partie en Allemagne pour un
échange de jeunes Erasmus+ de 5 jours, dans le cadre d’un projet qui l’enthousiasme et qu’elle a envie de mener à
bien.

Des projets sur le long terme, pour s’engager efficacement

L’échange de jeunes auquel Vera a participé avait lieu à Berlin et à Weimar, et portait sur le post-colonialisme. Des jeunes de toute l’Europe mais aussi de pays d’autres continents étaient réunis autour de cette question : « A chaque fois qu’on pense au colonialisme on pense à l’Afrique, on pense à la victime. Mais cette fois-ci on veut voir de l’autre côté du miroir, du côté des bourreaux, ce qu’ils en pensent, si c’est possible que maintenant quelque chose comme ça pourrait encore arriver ». Vera raconte que certains participants s’étaient engagés dans ce projet justement parce que leur famille était liée, d’une manière ou d’une autre, au colonialisme, et qu’ils ont profité du séjour pour partager leur histoire et apporter une vision très personnelle aux débats.

Ce séjour en Allemagne n’est cependant que la partie immergée de l’iceberg. Les participants ont profité de ces cinq
jours pour préparer un programme sur le long terme et mettre en place des actions dans le temps. Même à distance,
ils continuent aujourd’hui à travailler ensemble grâce aux réseaux sociaux, et prévoient des activités pour amener les
gens à échanger leurs connaissances et leurs opinions sur des thèmes relatifs au post-colonialisme. Pour ce faire, les
jeunes préconisent l’éducation informelle : « ça ne doit pas être comme un cours comme on fait à la fac où quelqu’un
vient pour faire un exposé. […] On veut faire des jeux, quelque chose d’intéressant, qui va faire réagir et qui ne va pas
ennuyer. Les gens réfléchissent, pas au niveau académique mais plutôt comme un jeu ». Ils ont prévu de se retrouver
à Sintra, au Portugal, en juin, puis à nouveau en septembre. A cette occasion, ils ouvriront le projet à de nouvelles
personnes qui auraient envie de les rejoindre.

« Avant je me demandais ok, on vient, on échange, on partage les idées, et après quoi ? Mais de savoir que ça ne va pas s’arrêter là à Weimar mais que ça va continuer avec les autres jeunes pour créer de la conscience chez les gens… Quelqu’un qui a assisté à ce programme il va continuer à en parler avec ses amis, et comme ça les connaissances se transmettent et grandissent à chaque fois. Ça c’est important. »

Aider les autres en s’aidant soi-même

Vera se montre très enthousiaste lorsqu’elle parle de son stage à l’AMSED et de l’échange de jeunes en Allemagne, qui lui ont permis de se développer aux niveaux personnel et professionnel. Le stage a été l’occasion pour elle de s’immerger pour la première fois dans un espace professionnel français et d’apprendre à travailler en équipe avec les nombreux jeunes impliqués dans la vie de l’AMSED. Lors de l’échange de jeunes, elle a eu l’impression de pouvoir apporter des connaissances et des idées au débat en amenant notamment dans les discussions le thème de la migration et son rapport avec le colonialisme, un sujet qui l’intéresse particulièrement.

La vie en communauté et l’entraide qui ont rythmé ces expériences ont également beaucoup aidé Vera à s’intégrer. Vera est arrivée à Strasbourg il y a un an, elle s’est rapidement adaptée à la ville, notamment grâce aux gens, à ses camarades de Master et aux connaissances qu’elle s’était faite lors d’un séjour à Strasbourg quelques années plus tôt. Vera n’hésite pas à partir à l’aventure en général, elle apprécie de tester de nouvelles activités et de nouveaux endroits. Même lorsqu’elle habitait chez ses parents, Vera partait souvent en voyage, seule ou avec des amis : « Moi j’ai toujours été ailleurs, j’ai fait des petits voyages moi-même, et je crois que ça fait partie de la personne que je suis ». Bouger permet de se découvrir soi-même, en se confrontant à des défis que l’on n’aurait pas à surmonter dans la vie quotidienne.

« C’est intéressant quand tu arrives à te débrouiller. A chaque fois je me suis dit que ça montre que j’étais mature et capable, si j’arrive à m’en sortir dans un lieu que je ne connais pas du tout. […] Ca me permet de grandir, d’ouvrir mes intérêts. La langue Allemande c’était une langue qui m’avait jamais intéressée, que j’avais jamais essayé de comprendre, et en
arrivant là-bas j’ai commencé à apprendre des petits mots »

De même, Vera préfère laisser une part de spontanéité à son avenir. Elle veut travailler en tant qu’analyste de conflits et veut continuer à s’engager auprès de jeunes, mais elle ne se projette pas dans un lieu ou un travail précis.
Cette jeune femme s’imagine aussi bien rester en France que retourner au Ghana, et elle n’hésitera pas à saisir toute occasion pour découvrir d’autres endroits. Vera suit ainsi la devise des voyageurs : garder des portes ouvertes, se montrer disponible aux opportunités, pour que l’aventure continue et pour pourvoir s’enrichir encore et encore.